Choix de poèmes

L’avril

et voici que mes rêves tout doucement s’élèvent
dans la nuit bleue d’avril

avril de mes amours, avril de mes détours
dans le jardin des rêves

avril, l’hiver s’achève sans espoir de retour
avril de mes amours

avril encore fantasque et qui jette le masque
avec ses giboulées

au milieu des gelées, il sème à la volée
la brise ensorcelée

chante avec les oiseaux, les fleurs et les roseaux
et le vieux saule en pleurs

c’est le mois du bonheur, c’est le mois de la vie
et avril, c’est le mois

où j’ai donné la vie pour la première fois

L’amour à pas de loup

L’amour s’est arrêté chez nous
Et il a demandé asile
Il était frêle et bien chétif
Et son regard était si doux
Porteur des palmiers bleus des îles
De lunes bleues et de récifs

Il était frêle et bien chétif
Et son regard était si doux
Il a pris pied sur ma presqu’île
Abandonnant son frêle esquif
Et je me suis mise à genoux
Caressant des rêves fragiles

Porteur des palmiers bleus des îles
Et d’un bonheur trop fugitif
Il a comblé mes espoirs fous
Inondant d’un parfum subtil
Mon âme nue, mon cœur captif
Je l’ai suivi à pas de loup

Orchidée sur palmier

l’écarlate orchidée
enveloppe l’élan
de ton palmier fugace

alors l’amour éclate
en grenade
en orage
en ondée de pétales

au galop
nous emporte au-delà des enclos
des chemins étriqués où s’étripent les hommes

et nos rêves d’enfants prisonniers du limon
s’envolent en cristal et en flocons de lune

La femme nue

la femme nue dans l’encrier
sous sa pelure de silence

se rêve de cristal

sein de velours et de dentelle

ouverte et verticale

posée sur les abords
des désirs frémissants

Laminoir

femme qui rouille
et se verrouille
au hamac de ses illusions

amour passé au laminoir
du temps qui passe
et qui repasse

sucre impalpable des secondes
agglutinant la vie
en flocons charbonneux

Violée

l’enfant dansait d’un pied sur l’autre
en triturant son tablier

l’homme approcha
regard salace
personne n’entendit les cris

et la petite est morte
sous son tablier

Le fusil épaulé

bottes
matraque
et coups de trique

sommaire
la voix rauque

et les hommes s’alignent
devant le mur criblé

le fusil épaulé

s’écroulent en silence

et le sable rougi
boit les sanglots meurtris
des mères inutiles