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École et coquelicots

Roman jeunesse

Chloé des lys

2012

215 pages

22 €

Disponible sous format papier
(et en livre audio à la Ligue Braille)

Présentation

Roman écrit en 2004 sous le titre Muguet, lavande et coquelicots, a trouvé éditeur en 2012

L'école avant la guerre 14-18, avec une discipline si rigoureuse qu'elle s'apparente parfois à de la maltraitance. Le jeune Michel en fera les frais dans la classe de l'intransigeant M. Labiche, partisan convaincu de la méthode dure. Mais il se rebellera et trouvera le point faible de son maître d'école, qui a peut-être un coeur, après tout !

Un aperçu de l'école d'autrefois, à la charnière entre deux façons d'aborder l'enfant et son éducation. L'ancienne, intransigeante à l'excès, et la nouvelle, à l'approche plus humaine et plus pédagogique.

Humour et tendresse, un brin de cruauté, un brin de poésie, du suspense...

Et un clin d'œil à Pagnol, à qui l'on pense irrésistiblement dans le premier chapitre !

Extrait

Blotti dans son lit, Michel savourait les dernières miettes de sa nuit. Sa dernière nuit de vacances. Écoutait les bruits de la maison qui s'éveillait. Dans la cuisine, sa mère allumait le poêle à charbon. Un jour, peut-être, ils auraient le gaz pour se chauffer. Son père en parlait comme d'une merveille, de ce gaz domestique. En attendant, le charbon restait roi et il fallait allumer le poêle tous les matins.

Michel eut une pensée pour les enfants qui trimaient dans les mines. Il avait vu des photos. On avait limité leur journée de travail à onze heures maintenant. Tout de même... Onze heures dans la mine. C'était pire que l'école.

D'ailleurs, l'école, il l'aimait. Mais cette année, ce n'était pas pareil. Il avait neuf ans et, pour la première fois, il appréhendait la rentrée.

L'école, pour lui, c'était presque la maison. Il n'avait qu'à traverser la cour. La classe maternelle était tenue par sa mère. La petite section par son père. C'est avec lui qu'il avait appris à lire, écrire et calculer. Mais aujourd'hui, il fallait affronter M. Labiche, qui préparait les grands au certificat d'études. Et il n'avait rien d'une biche, M. Labiche. Plutôt un bouc, avec sa barbe en pointe et ses lorgnons plantés sur des yeux si durs qu'ils valaient bien des cornes.

Sombre et taciturne, il ne vivait que pour le travail. La lumière brillait tard toutes les nuits dans son bureau. Il étudiait. Il n'en finissait pas d'étudier. Il habitait l'école. Il incarnait l'école. Et ne tolérait pas l'échec. Il voulait mener tous ses élèves à la réussite. Et pour cela, il employait les grands moyens. Mais justement, ces moyens...

Michel entendit son père se lever, chercher ses lunettes à tâtons, bousculant sa carafe d'eau. Heureusement, disait son père, heureusement qu'il s'est trouvé quelqu'un d'assez malin pour inventer l'optique. Sans quoi, je ne pourrais ni lire ni écrire. Je ne verrais que du brouillard. Médite cela, Michel, et tâche d'inventer toi aussi quelque chose qui fasse progresser l'humanité !

Eh oui... Mais le progrès de l'humanité passait par M. Labiche. Et ce n'était pas la joie, cet avenir-là ! Le vingtième siècle... Son père en parlait sans cesse, de ce siècle qui avait dix ans aujourd'hui. Il savait tellement de choses, son père, au moins autant que Larouse et son dictionnaire ! D'ailleurs, il s'appelait Leroux. Presque pareil. Et Michel l'écoutait bouche bée, comme parole d'évangile.

Ce siècle serait déterminant pour le bonheur des gens. On en avait fini avec les guerres, ces barbaries des temps passés. Il n'y en aurait plus. On pouvait désormais s'attaquer aux vrais problèmes. Les inégalités sociales s'aplaniraient, les ouvriers auraient droit à des journées de dix heures. À un jour de repos hebdomadaire. Et qui sait ? Peut-être même à des vacances, comme les instituteurs. Le gaz et l'électricité allaient investir les maisons, les rendre chaudes et claires. Un jour, le téléphone abolirait toutes les distances. On voyagerait tous en automobile et, qui sait, dans ces appareils volants que des pionniers visionnaires s'évertuaient à mettre au point ! Un jour, un jour... Mais d'abord, il fallait passer par M. Labiche.

Michel repoussa la couette en soupirant. Il avait promis d'être brave pour cette première journée dans la classe des grands. Il se leva, ouvrit la fenêtre, poussa les volets et le jour entra dans sa chambre. Le jour de la rentrée.

Revue de presse

Dans la revue Reflets Wallonie-Bruxelles

C’est fort bien écrit. Il faut oser entreprendre un sujet pareil, à l’heure du sexe et de l’indécence narcissique...

Un roman à l’ancienne, à l’eau de coquelicot, mais aux pétales rouges qu’on écrase et qui tachent en profondeur !

L’auteur met en scène l’école au début du XXème siècle, dans un joli coin de Provence, histoire de se rappeler les bons moments de l’adolescence à lire du Pagnol. Et le pari, ô combien risqué ! est parfaitement réussi. Ni mièvre, ni convenu, le récit, pourtant écrit d’une manière tout à fait classique, résolument anachronique parfois, nous tient en éveil et en empathie jusqu’à la dernière page

Grâce au malin génie d’un enfant de neuf ans, Michel, confronté au sadisme effrayant d’un instituteur, frustré jusqu’à l’os et qui se défoule copieusement sur ses pauvres ouailles. En butte aux pires vexations, le gamin tient admirablement tête à la tyrannie malsaine et fanatique du magister et parviendra même à retourner mainte situation de victime à son avantage.

On retrouve la patte caustique d’Isabelle Fable et sa plume acérée de croisée quand il s’agit de dénoncer les excès et dérives du mâle assoiffé de pouvoir. Monsieur Labiche (et de même une certaine classe enseignante de l’austère République) en prend pour son grade et passera par tous les cercles de l’enfer, celui qu’il impose d’abord à ses infortunés disciples et qu’il finira par subir à son tour avant de connaître enfin un petit coin de paradis.

Le livre est écrit pour les enfants mais se lira avec profit et plaisir par tous. Son humour, sa finesse d’analyse et ses leçons de saine pédagogie et de morale naturelle sont un bouquet champêtre rafraîchissant par les temps débridés et toxiques qui courent…

Michel Ducobu