B comme Benoît

Roman jeunesse
2003
Inédit
Finaliste au Prix du Roman pour la Jeunesse organisé par le Ministère français de la Jeunesse et des Sports en 2003
Présentation
Benoît, dix ans, a quitté son village en France pour emménager à Bruxelles. Le dépaysement est complet. Ignace, le « chef » de sa nouvelle classe, entend le soumettre à ses volontés. Benoît a perdu ses amis, il faut s’en faire d’autres. Certaines filles semblent des amies possibles. Notamment Estelle, qui prend sa défense face à Ignace, et Anouchka, une petite Russe délurée qui vient d’emménager dans son immeuble.
Le tableau serait incomplet si on ne parlait pas de Milou, le chat, aussi perturbé que Benoît par ce déménagement, et du Bébé à naître, dont Benoît se méfie, car ce nouvel arrivant va forcément lui souffler sa place dans la famille et lui pourrir la vie.
Un séjour en classe verte donnera au garçon l’occasion de se retrouver à deux pas de l’endroit où il habitait en France. Il vivra là une aventure qui lui permettra de donner sa pleine mesure et de prouver qu’il n’est pas un Bébé, comme Ignace se plaît à le dire, mais qu’il est de la graine de héros !
Roman pour enfants, basé sur leur vie quotidienne et leurs préoccupations d’enfants, avec un petit plus de suspense pour donner du piment à un quotidien parfois banal.
L’affectif y joue un grand rôle, ainsi que l’estime de soi et le respect de l’autre, sans oublier l’empathie qu’un enfant peut avoir avec un animal.
On évoque également l’importance du prénom et de ce qu’il symbolise.
Problèmes abordés dans le roman :
- un déménagement, qui induit un bouleversement (perte des amis et du milieu scolaire et environnemental)
- l’arrachement à la maison familiale, qui peut être difficile à vivre pour un enfant
- l’attachement à l’animal favori et le drame quand il disparaît
- la confrontation entre gamins, quand l’un d’eux veut faire la loi dans la classe
- la difficulté de faire la part des choses, l’amitié doit-elle être exclusive ? (rivalité, jalousie, peut-on être l’ami d’une fille ? Ou de deux filles ?)
- le problème d’accueillir un nouveau venu dans la famille quand on est enfant unique
- le besoin d’être rassuré, de se montrer fort, le courage d’entreprendre un « sauvetage » et la joie de devenir une sorte de « héros »
- la peur qu’on domine quand on doit se montrer fort pour aider plus faible que soi.
Extrait
En rentrant à la maison, j’ai trouvé Maman dans un fauteuil au milieu des caisses à moitié défaites. À moitié ? Aux trois-quarts ? Même pas. Il en restait beaucoup. C’est fou ce qu’on avait de choses à déménager ! Je lui ai fait un bisou papillon, comme elle aime. Là, elle n’aimait pas, elle était fatiguée. Elle m’a dit d’aller prendre mon goûter, qu’elle devait se reposer. Le bébé n’était plus loin, qu’elle disait, elle avait le ventre « gonflé comme un ballon » et les « jambes en compote ».
Ventre-ballon, jambes en compote, plus envie de manger, moi ! Plutôt défaire mes caisses. J’ai tiré les caisses étiquetées à mon nom jusqu’à ma chambre. J’aime bien ce mot, « étiquetées », ça fait comme un cliquetis. Le lit était là, avec le matelas et les draps pliés dessus. Faire le lit, quelle opération ! Faire entrer le matelas dans le drap-housse… Il était affreusement lourd et raide, ce matelas. Et le drap trop petit. Quand je fixais un coin, l’autre se défaisait. Et puis glisser la couette dans sa housse… Je ne trouvais jamais les bons coins de la couette pour les bons coins de la housse. Après, j’étais aussi crevé que Maman, et bien content d’être un homme, vu que c’est les femmes qui font les lits !
J’ai commencé à vider mes caisses… Je ne savais pas que j’avais tant de choses. Papa dit toujours que je suis gâté. Mon frère le sera-t-il autant ? Sans doute. À quoi ressemblera-t-il, ce frère ? Il sera tout petit, évidemment. Mais à part ça ?
Sera-t-il comme moi ? Venant des mêmes parents, on devrait être pareils. Ou à peu près. Mais Maman dit que non, il y a des milliards de « combinaisons » possibles, car chacun de mes parents porte les traces de milliers d’ancêtres. Et s’il ressemble à un homme de Cromagnon ou à un Gaulois mal fichu comme Astérix… Est-ce que je pourrais l’aimer ?
Est-ce que je pourrai l’aimer, de toute façon, ce frère tombé du ciel ? Cette idée de m’avoir fait un frère ! J’étais bien tranquille, avec mes parents et mon chat… Pas besoin de frère.
Je regarde Milou. Il a l’air tout perdu. Il passe d’une pièce à l’autre. Pour lui aussi, c’est difficile. Il a dû abandonner sa maison, son jardin, ses copains chats, les pigeons du voisin, qu’il guettait toujours mais ne mangeait jamais.
Que dira-t-il, Milou, quand il verra ce bébé ? Miaou ! Que pourrait-il dire d’autre ? Le plus dur pour lui, c’est de ne plus pouvoir sortir. Quand j’ai su qu’on allait habiter dans un appartement en plein ciel, c’est à lui que j’ai pensé en premier. Comment pourra-t-il sortir ? Il ne sortira plus, m’a dit Papa. Il s’habituera, tu verras. Comme nous.
Comme nous ? Mais nous, nous pouvons sortir ! Et puis, nous avons des tas de choses à faire, dehors ou à la maison. Le chat, lui, il va s’ennuyer. Il me regarde, je le prends dans mes bras. Nous sommes tristes tous les deux. Mais à deux, c’est moins dur. J’irai le promener tout à l’heure.
J’achève de ranger mes vêtements. Maman trouvera sans doute que ce n’est pas bien, qu’il y aura des « faux-plis ». Elle s’est endormie dans son fauteuil et je me demande si Ignace s’est couché à cinq heures comme il a dit ? Faudra que je trouve une bonne feinte à propos de son nom. Feignasse peut-être ? Ca lui irait bien, à ce doubleur !
Je regarde Maman. Elle a les traits « tirés », a dit Papa. Tirés par quoi ? Je lui pose un châle sur les bras pour qu’elle n’ait pas froid. Et je prends mon chat. Il est lourd, au moins cinq kilos. Le bébé en pèsera trois, paraît-il, parce qu’ils sont tous livrés environ au même poids. Mais il y en a des tout minus, qu’il faut chauffer comme des poussins pour qu’ils gonflent à la chaleur, et d’autres qui arrivent trop gros. Mais ceux-là, il n’y a pas moyen de les faire dégonfler.
Je n’aime pas les ascenseurs. Milou non plus. Il a peur, il s’agite dans mes bras pour s’échapper. Et si cette porte ne s’ouvrait pas ? Si cet ascenseur ne s’arrêtait pas au rez-de-chaussée, s’il allait plus bas, dans le ventre de la terre, en enfer ? Comme dans les histoires qui font peur…
Mais ça n’arrive pas. La porte s’ouvre, je cours dans le jardin, Milou a sauté de mes bras et filé dans les buissons. Je le suis, mais il est beaucoup plus petit et plus rapide que moi et je le perds tout de suite de vue. Il a envie de se dégourdir les pattes, de retrouver l’odeur de l’herbe et de la terre, d’aller guetter les moineaux et de voir si les pâquerettes ont la même tête que chez nous.
Revue de presse
jury du Prix roman jeunesse
Un chat qui est un vrai "ouvreur d’amitié" pour un jeune garçon sympathique et, mine de rien, cela permet à l’auteur une analyse d’une société parfaitement contemporaine et pour une fois positive. C’est écrit sobrement. Ce manuscrit figurait parmi les sélectionnés.
Jury Prix Roman Jeunesse (Ministère français de la Jeunesse, de l’Education nationale et de la Recherche)