Chocolat noir et poivre rose

Roman
1991
Repris en 1993 sous le titre Melody
Inédit
Ce roman a obtenu une mention aux ALF.
Présentation
Les professeurs en ont vraiment assez de cette Melody, de ses frasques, de ses insolences et de ses résultats pitoyables. Ses parents ne répondent pas aux courriers du directeur du lycée, M. Yalssine. Il décide donc d’aller aux nouvelles, mais sans succès, car Melody raconte n’importe quoi au sujet de ses parents absents, change plusieurs fois de version, et Yalssine s’y perd. Comment s'y prendre avec une fille de dix-huit ans qui vit seule et lui glisse entre les doigts comme une anguille ?
Mais il tombe peu à peu sous le charme de cette fille étrange. Il se fait fort de lui éviter le renvoi et de lui faire réussir son année malgré elle, qui n‘en a vraiment rien à faire.
Elle se joue de lui, comme de tout le monde. Elle a même parié avec Tom, un de ses copains de classe, que Yalssine serait « à ses pieds, en morceaux » à la fin de l’année scolaire. Et punaisé la date sur son calendrier.
Puis, petit à petit, elle se prend à aimer cet homme plus âgé, un peu paumé… et regrette son pari.
Qui peut savoir comment cela tournera ?
Extrait
Le directeur arrive chez lui, un bouquet de roses à la main. Il ne connaît pas le langage des fleurs, mais la fleuriste l'a assuré que les roses rouges étaient les fleurs de la passion.
Dans son fauteuil, Clarisse a l'air surprise de l'entendre arriver. Surprise et contrariée. Elle n'est pas prête. Elle se lève pour l'accueillir. Son visage s'assombrit à la vue du bouquet.
- Tu sais que je n'aime pas les fleurs coupées. Ce sont des cadavres que tu m'offres.
- De beaux cadavres alors ! dit-il en l'embrassant dans un grand bruit de papier froissé.
- Tes chaussures, André !
- Je suis allé en forêt.
- Tu ne devais pas aider cette Harmony ?
- Melody. Non. Elle avait un baby-sitting ce soir. Alors, j'ai fait un tour. Ça fait du bien.
Les bras encombrés du bouquet de cadavres, Clarisse le considère d'un œil soupçonneux. Elle n'a jamais compris les promenades sans but, surtout solitaires. Mais était-il seul ? Et pourquoi ces fleurs ? Qu'a-t-il à se faire pardonner ?
- Je vais fumer dehors.
C'est convenu entre eux. Il fume, mais toujours dehors car la fumée souille les plafonds. Et comme Yalssine n'aime pas contrarier sa femme, on le voit dehors par tous les temps en train de fumer sa pipe.
En avril, c'est plutôt agréable de faire le tour du jardin et d'admirer les parterres, les plates-bandes et cette pelouse digne d'un green anglais, si douce à l'œil qu'on dirait du velours.
On peut dire que Clarisse a la main verte. La bleue aussi, car c'est une remarquable cuisinière. En fait, elle réunit toutes les couleurs de l'arc en ciel, elle a les mains multicolores. Elle sait coudre, tricoter, peindre, tapisser, bricoler, jouer les menuisiers et les plombiers. Clarisse est toute en mains. Ses mains sont partout et s'il fallait la définir d'un mot... Non. Ce ne serait pas mains. Ce serait cœur. Yalssine sait tout ce qu'il lui doit. Beaucoup de femmes ne voudraient pas d'un homme comme lui. Aucune femme, dit Clarisse. Et elle doit le savoir, puisqu'elle en est une. Elle l'a pris comme il était, elle a bien du mérite. Il a peut-être trouvé la meilleure femme du monde. Bien sûr, il n'a plus ressenti pour elle ce qu'il avait connu avec Anouch. Ne dit-on pas qu'on n'aime qu'une fois ? Ça n'avait pas marché, ce n'était ni sa faute ni celle d'Anouch. Qu'en penserait Melody ?
Yalssine rentre chez lui après avoir vidé sa pipe dans le cendrier posé tout exprès sur le seuil. Il a faim, la table est mise, le potage fumant. Il est dix-neuf heures précises. L'heure d'avoir faim.
Clarisse, debout, la tête sous la lampe, sert le potage d'une main sûre. Elle a les manches relevées. Yalssine la regarde avec tendresse. Une chouette petite bonne femme, gentille, efficace. Mais pourquoi porte-t-elle toujours des bas épais ? Les autres filent plus vite mais ceux-ci sont tellement laids.