Fermer

Tel un long miroir

Nouvelle écrite en 2008

Inédite

Une enquête de l’inspecteur Toussaint

Un homme a été repêché dans la Meuse. Instituteur à la retraite, passionné de littérature et de généalogie, sobre et du genre père tranquille, fumeur de pipe à toute heure. Sa veuve avait pris la chose avec une étonnante philosophie et sans tristesse apparente. Bouddha aidant, elle semblait prête à accepter n’importe quoi sans broncher.
L’homme était écrivain, mais il écrivait ailleurs que chez lui. Et on ira de découverte en découverte.

Présentation

Firmin Bernache est retrouvé noyé dans la Meuse. Sans rien dans les poches. Pas normal, de sortir sans clé, sans portefeuille, sans pipe. Difficile à identifier, mais un épicier le reconnaît « à ses habits », c’est un de ses clients. Cela permet à l’inspecteur Toussaint de cerner un peu le personnage, mais pas de déterminer s’il y a eu meurtre, accident ou suicide. Impossible aussi de savoir pourquoi il allait écrire « ailleurs », chez une personne dont la veuve ne sait rien. Il ne lui disait rien non plus de ses écrits, et elle ne s’y intéressait pas.
Grâce à son adjoint Fagot, Toussaint arrivera à trouver une piste valable et un suspect intéressant. Mais aura-t-il le mot de la fin ? Ou trouvera-t-il plus fin que lui ?

Extrait

Le médecin légiste confirma la mort par noyade. Mais sans élucider le mystère. On ne va pas se promener les poches vides. À moins d’être ivre ou mentalement perturbé. Ce qui n’était pas le cas. Firmin Bernache était un homme tout ce qu’il y a de plus normal. Instituteur à la retraite, passionné de littérature et de généalogie, sobre et du genre père tranquille, fumeur de pipe à toute heure. L’avait-il en bouche quand il est tombé à l’eau ? Sortir sans pipe était pour lui impensable, d’après sa femme.

Toussaint avait dû annoncer la pénible nouvelle à la veuve. Il l’avait trouvée dans sa véranda, en séance de yoga, toute de blanc vêtue. Elle avait pris la chose avec une étonnante philosophie et sans tristesse apparente. Bouddha aidant, elle semblait prête à accepter n’importe quoi sans broncher. Aucune émotion apparente. Elle avait joint les mains, mais pas comme une femme bouleversée, dans un geste de révolte ou de chagrin. Non. Les mains jointes paume à paume, pouces écartés, tête vers le ciel, les yeux fermés, comme pour en recevoir l’énergie réparatrice et dominer l’événement tragique qui la frappait subitement. Elle était restée ainsi un moment, laissant à l’inspecteur estomaqué tout le loisir de l’observer en respectant ce curieux moment de recueillement.

Sanglée dans son collant, fesses moulées, taille de guêpe, petits seins pamplemousses haut perchés. Pieds, mains, gorge hyper bronzés – un peu fripés. Un casque noir corbeau, coupé au couteau par une raie impeccable, dont pas un cheveu ne dépassait. Impeccable, c’est le mot qui convenait à cette femme poupée. Mais vieille poupée quand même, fardée d’un masque de fond de teint plaqué sur le visage. Cela ne collait pas avec le yoga et la philosophie bouddhique. Elle laissa tomber les bras, rouvrit les yeux et précéda le policier dans le salon pour lui parler de son couple. Avant qu’il lui pose des questions.

Elle était prof de morale, passionnée par son cours. Bernache, retraité actif, ne s’ennuyait pas. Mordu de littérature, il lisait beaucoup et même, il tâtait de la plume. Il n’était absolument pas dépressif, non, il fallait exclure le suicide. L’accident aussi, d’ailleurs, il ne buvait pas, n’avait aucun problème d’épilepsie ou autre absence. Il connaissait parfaitement les abords du fleuve et allait tous les jours se promener le long de la Meuse, à laquelle il vouait une passion de collégien.
Fallait-il se résoudre à parler de meurtre ?! Elle baissa les yeux, fermant le robinet à confidences. Un chat moelleux, noir et onctueux, se faufila par l’entrebâillement de la porte pour aller s’affaler dans une flaque de lumière, sans leur accorder le moindre regard.