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Le rendez-vous des vieilles pies

Nouvelle écrite en 2007

Publiée dans le recueil Les couleurs de la peur aux éditions M.E.O. (2021)

Amaryllis se réjouit de cette invitation à une réunion d’anciens élèves. C’est que ce n’est pas n’importe qui, Amaryllis. Elle est éblouissante, elle va faire sensation... Elle déchantera vite, car la réunion est réduite à sa plus simple expression.

Et la soirée va s’avérer non seulement ennuyeuse mais très éprouvante.

Présentation

Nouvelle sous le signe de l’humour et du suspense.

On joue sur la sonorité de l’expression V.I.P., qui, prononcée un peu vite, peut se comprendre « vieilles pies ».
Et du suspense, il y en a juste ce qu’il faut.

L’invitation s’avère être une sorte de piège pour régler d’anciens comptes. La peur monte peu à peu.
Que signifie cet affolant message, qui se termine par ces mots : Le temps vous est compté ?
Et cette inquiétante ritournelle ? Trois greluches se moquaient d’un guignol, trois perruches se gaussaient d’un campagnol, trois baudruches vont connaître un bémol…

Il y a de quoi se dégonfler. Et encore, elles n’ont pas tout vu...

Extrait

Une voix de femme, un pas mal assuré manifestement mal à l’aise sur talons hauts. Amaryllis attend, royale, l’apparition de celle qui ne peut qu’être moins important qu’elle. Elle la reconnaît d’emblée sitôt qu’elle apparaît, toujours aussi cucul la praline, ridicule et s’en fichant, fonçant dans la vie sans état d’âme. Anne Saleur. Anne, dont elle avait fait son amie attitrée et qui lui servait de repoussoir avec une touchante candeur. Elle était donc devenue quelqu’un, Anne ?!
- Bonjour. J’ai reçu une invitation mais je ne sais pas de qui. Vous êtes ancienne aussi ?
- Tu ne me reconnais pas ? s’indigne Amaryllis, vexée.
- Non... Si ! Vous êtes Ham…Ham… Hamamélis ! Vous animez la soirée ? C’est chouette !
- Marie-Lise, ça ne te dit rien ? La cancre, la miss Zéro. C’est moi.
- Pas possible !
- Je n’ai eu qu’à durcir mon nom pour devenir Amaryllis.
- Mais… tu n’avais pas les yeux bruns ?
- Lentilles, ma fille ! Bleu vif, c’est plus original.
- Mais ça change tellement ton regard, je ne t’aurais pas reconnue.
- Toi, tu es toujours la même, par contre.
- Je prends ça pour un compliment. J’ai monté une entreprise d’entretien de machines-outils. J’ai inventé un nouveau procédé. J’ai même un Prix au Concours Lépine !

C’est d’un romantique ! Un boulot cracra, pelant d’ennui, un tailleur cendre morne à gros boutons d’écaille, des cheveux en étoupe, on se demande comment elle les peigne, qu’est-ce qu’elle est moche, se réjouit la vedette en sari, se caressant les bras d’un air satisfait, faisant jouer la lumière sur son volumineux bracelet d’or massif. Si gros qu’on le croirait faux. L’admiration qu’elle lit dans le regard de l’autre la réconcilie avec la vie. Elle reprend ses grands airs.
- Je me demande qui nous a envoyé ce bristol ? C’est d’un mortel ici, il n’y a personne. J’ai l’habitude de cocktails plus animés.

Anne esquisse son affreux sourire, bouche rouge perpétuellement envahie de peaux sèches, elle n’a pas changé, décidément. Elle extrait d’un geste preste son carton d’invitation et lit : Minime vous convie au nid des V.I.P. du lycée pour effacer les années et nous retrouver entre gens d’élite. Ambiance assurée. Surprise garantie. Suivent l’adresse, le jour et l’heure.
- Qui est Minime ? Ca te dit quelque chose ?

Revue de presse

Se rapporter à la revue de presse du recueil Les couleurs de la peur.