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Amstramgram

Nouvelle écrite en 2000

Inédite

Une amitié passionnée entre deux femmes, dont l’une domine complètement l’autre… Entre elles, un homme, aimé de l’une et – forcément – détesté de l’autre. Impossible trio, qui ne peut que tourner au drame. Mais comment le drame va-t-il se jouer ?

Une distinction

Présentation

Lou est une artiste puissante, au caractère exclusif. Tout va bien tant qu’on l’admire et qu’on la suit. Mais quand elle découvre une lettre de garçon adressée à son amie, elle flambe de colère et crache : « Tu ne vivras pas avec lui. Jamais. Jamais, tu m’entends ? Jamais. Oublie ça. Tu m’entends ? Oublie ! »

Extrait

La porte a claqué. La page du livre a tourné.
Elle est partie. Seule, l’odeur du gel dont elle se tartine les cheveux tous les matins…

Les yeux fixés sur la porte, comme si j’avais voulu la percer du regard, suivre Lou, la poursuivre, la tancer, la supplier, la frapper, l’embrasser. Inutile.

L’amour est sans issue. Elle est partie. Elle m’a chassée. Chassée de chez elle. Mais c’est elle qui est partie, c’est elle qui a claqué la porte de l’atelier. Pour aller où, pour faire quoi ?

J’ai laissé tomber mon livre, bruit sec au sol. Dehors, des enfants jouaient… Amstramgram, pic et pic et colegram, abandonnant au hasard le soin de choisir. La magie du monde enfantin montait par la fenêtre ouverte. Insouciance, légèreté de l’enfance, où tout est permis.

C’est à ce moment précis que j’ai décidé de la tuer. Tuer Lou. Pour pouvoir vivre. Seule solution.

Mais pas question que je moisisse en prison pour ses beaux yeux. Il fallait un accident. Un accident plausible. Que pouvait-il arriver à une femme comme elle ?

Deux ans que je l’admirais comme une folle, que je la suivais passionnément, que je lui vouais une amitié sans bornes, et sans excuses. Mais là, les bornes, elle les a passées. Je ne suis pas à elle, je ne lui appartiens pas ! C’est fini. Je reprends mes billes, je reprends ma vie.

[...]

Lou, Rilou, Marilou, Marie-Louise, qui a semé des bouts de son nom, des bouts de son cœur et des bouts de ses cheveux à chaque tournant de sa vie, pour ne garder que l’essentiel. Un prénom incisif de prédateur indompté, un cœur dur et pur comme un rubis, dit-elle, une chevelure en tête de loup. Tignasse d’épis de blé ravagés par le gel.

Je fais partie de cet essentiel. Hélas.