L’gamin

Nouvelle écrite en 1999
Inédite
Une histoire de petits vols mesquins entre voisins. Et qui accuse-t-on ? L’gamin ! Lui, dit qu’il connaît le coupable – sans toutefois le nommer. Mais le jour où l’on s’en prend à sa maison, l’gamin réagit.
Présentation
Tout est petit, dans cette nouvelle, le quartier, les larcins, le voleur, l’accusé, et même sa réaction. Pas de quoi alimenter la rubrique judiciaire. À peine un entrefilet dans un journal local. Et encore !
Extrait
Les jardins se touchaient, touffus, plantés de gros massifs et de vieux arbres tors. Les murs de séparation constituaient pour moi comme un chemin d’aventure, et je ne résistais pas à l’envie d’aller voir ce qui se passait dans les jardins voisins et même… dans les maisons voisines. Mes intrusions suscitaient des réactions diverses, allant de la surprise amusée à la franche fureur.
Un jour, cependant, tout changea. On se mit à cambrioler dans le quartier. L’une après l’autre, les maisons étaient visitées. Des choses disparaissaient. Des petites choses, pas nécessairement de grande valeur. Ou le voleur était un amateur, ou il n’avait pas la même notion des valeurs que les autres.
Immédiatement, Pue m’accusa. Que je vous présente Pue. Râblé, poilu de partout, sans grâce et tout en rudesse. Il avait un autre nom, mais celui que je lui donnais lui allait comme un gant, car le foin qu’il fumait lui donnait une haleine pestilentielle, qui lui sortait non seulement de la bouche mais de chaque pore de la peau. Il puait et il était brutal. Je le fuyais comme la peste.
Et voilà que ce pignouf m’accusait ! Jo poussa les hauts cris. Quoi, l’gamin aurait chipé des bibelots, des ivoires et brisé un vase chinois ? Qu’en aurait-il fait, de ces ivoires ? Il m’accusait. À tort. C’était ma parole contre la sienne. Mais ma parole… ne pesait pas lourd.
Je gardais donc un silence outré. C’est vrai, qu’en aurais-je fait ? J’ai assez de dents dans la bouche pour ne pas en vouloir d’autres, surtout d’aussi grandes ! Bien sûr, il m’arrivait parfois de chaparder chez les voisins. Une bricole à grignoter, une babiole pour jouer. Mais je ne volais pas. J’empruntais. Évidemment, je ne me donnais pas la peine de rapporter, je ne suis pas un chien ! J’abandonnais la chose à l’endroit même où s’arrêtait mon désir de jouer. Ce qui amenait les gens à découvrir chez eux des objets insolites, dont ils ne s’expliquaient pas l’arrivée.
Pue fulminait, me lançait des savates, qui manquaient toujours leur but. Il en a perdu quelques paires, le maraud ! Il avait porté plainte, mais sa déposition fut accueillie avec un sourire à la gendarmerie. Un singe voleur, ça s’est vu. Mais un chat ! Et la perquisition bidon menée chez moi au grand dam de mes parents n’avait rien donné. Ni ivoire ni aucun objet dérobé. Et pour cause. Ils étaient en lieu sûr. Je savais où, et je savais qui les y avait mis, car je voyais le voleur à l’œuvre la nuit.