Noémi

Nouvelle écrite en 1998
Inédite
Une enquête de l’inspecteur Toussaint
Une jeune fille noyée dans le Verdon. Ce pourrait être un accident. Mais l’état de son corps disloqué indique plutôt une chute du haut de la route en surplomb. Alors ? Tombée, poussée, éjectée d’une voiture ? Aucun moyen de l’identifier, aucun indice utilisable. Personne ne la réclame. Une énigme pour l’inspecteur Toussaint.
Présentation
Un jeu de cache-cache macabre entre la vie et la mort, où se côtoient le pire et le meilleur de l’homme.
Une histoire complexe, où l’inspecteur se fait mener en bateau jusqu’à la fin, et où on touche le fond de l’âme humaine. De quoi se poser des questions sur le concept de culpabilité.
L’amie, l’amant, la mère, un ami inventé de toutes pièces, une violoniste, un docteur et son secret professionnel… Des sentiments nobles, d’autres beaucoup plus contestables.
Pas à pas, l’enquête avance. Et amène l’inspecteur dans un cimetière, où il fera une découverte ahurissante.
Extrait
Les touristes qui l’ont trouvée l’ont tout d’abord crue noyée. Elle gisait en bikini, le nez dans l’eau. Se baigner dans le Verdon, quelle idée ! C’est bien trop froid. Ils l’ont retournée. Horreur. Elle n’avait plus de visage. Ses traits étaient aussi tourmentés que les rochers avoisinants. Aucune trace de sang, emporté par le courant glacé. Surréaliste, ce faciès blanc, luisant déchiqueté dans la lumière, ce corps pâle et disloqué. Ils en ont fait des cauchemars pendant des mois.
Il était manifeste qu’elle était tombée du haut de la falaise. La police ne découvrit aucun indice, ni sur la route en surplomb ni sur le trajet qu’avait dû suivre le corps. Pour autant qu’on ait pu enquêter le long de la paroi. Impossible donc d’identifier la victime. Une jeune fille de taille moyenne, de corpulence moyenne, vêtue d’un bikini noir, aussi anonyme qu’on peut l’être, sans bijou, sans visage.
Deux signes particuliers cependant. Des cheveux clairs coupés à l’emporte-pièce et une croix tatouée sur le ventre. Une secte ? Un jeu de rôle qui aurait mal tourné ? Personne n’ayant signalé sa disparition, la jeune fille demeurait une énigme. L’enquête piétinait. Personne n’avait remarqué de fille en bikini sur la route. Elle ne manquait dans aucun camp de camping, dans aucun hôtel. Elle avait peut-être été éjectée d’une voiture ? Morte ? Ou vivante ? Sombre histoire de viol ? D’enlèvement ?
L’autopsie révéla qu’elle avait subi non un viol mais un avortement récent… qui était peut-être en rapport avec cette mort violente. Il semblait avoir été pratiqué dans les règles de l’art. Mais les recherches menées dans les cliniques et les hôpitaux du coin ne donnèrent rien. Rien non plus chez les médecins.
C’est un chien qui apporta un début d’éclaircissement. Il découvrit par hasard à quelques centaines de mètres de là des cheveux. Des cheveux qui correspondaient à ceux de la jeune inconnue. Deux tresses claires abandonnées dans les buissons. Les enquêteurs se frottèrent les mains. Cette coiffure n’étant plus de mode, cela faciliterait les recherches. Une jeune fille blonde coiffée de tresses… Ils se les frottèrent d’autant plus qu’après une fouille minutieuse des environs, ils dénichèrent un balluchon de vêtements camouflé sommairement, de gros ciseaux et les débris d’une carte d’identité. On en retrouva cinq minuscules morceaux, qui permirent de reconstituer le numéro d’identification. Celui ou celle qui avait découpé la carte avait dû s’acharner sur le nom et sur la photo, qui demeurèrent introuvables, sans doute jetés à l’eau, mais avait négligé le précieux numéro.
On savait désormais que la jeune fille s’appelait Noémi Caldère, qu’elle avait dix-huit ans, vivait à Bruxelles, où elle avait été adoptée tout bébé. M. Caldère était mort depuis quinze ans. Et sa femme… demeurait introuvable. Elle semblait avoir disparu en même temps que la fille. Les voisins croyaient savoir qu’elles étaient parties en vacances. Mais allez savoir, elles étaient si discrètes. Et l’avortement ? Quel avortement ?! Personne ne savait rien. Mais tout le monde était prêt à inventer… comme toujours, pensait l’inspecteur Toussaint, chargé de l’enquête.