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Figlia della luna

La 4e nouvelle que j’ai écrite (1991)

Figurant dans le recueil Les couleurs de la peur, aux Éditions M.E.O. (2021)

Prix du suspense

Une nouvelle qui emmène le lecteur dans une aventure plutôt cauchemardesque, où l’on perd ses repères, comme la jeune Paola. Cela commence par un bal d’été, une fête costumée dans un château, l’amour avec le châtelain…
Mais le lendemain, c’est le cachot, sans savoir pourquoi ni comment, ni ce qui va arriver. On n’y comprend rien, mais on a toutes les raisons de craindre le pire.

Présentation

Elle ne pensait qu’à s’amuser au bal de la Piazza Canaletto, la jeune Paola. Un cavalier au nom imprononçable va l’entraîner dans une aventure épouvantable.
La voilà prise pour une autre : Faola, coupable de sorcellerie. Il y a erreur, messieurs les juges, vous vous trompez. Mais ils n’ont pas l’air de plaisanter. Le bûcher est dressé. Elle ne sait plus qui elle est. A-t-elle fait un bond dans le temps, est-elle cette Faola, sorcière d’un obscur Moyen-âge, qui a imaginé un vingtième siècle, dans un accès de folie démoniaque ?
Va-t-elle mourir à l’aube de sa vie ?

Extrait

Mais… mais voilà qu'on redescend vraiment vers les cachots. À quoi rime cette macabre mascarade ? La farce continue ? Les corridors sinistres éclairés de torches fumeuses, les marches glissantes, l'humidité, la grille noire, le cachot !
Ce n'est pas possible. Paola refuse de passer un instant de plus dans cette geôle infâme, de porter une minute de plus cette casaque rugueuse. Elle renâcle et crie sa colère. Les gardes aux yeux bleus la jettent sur la paille et se retirent sans un mot.
Accrochée à la grille, Paola hurle le nom de Wiergelung. Il arrive tout à coup à grandes enjambées, se plante devant elle et dit avec un calme terrifiant :
- Si tu ne te tais pas tout de suite, je t'arrache la langue sur-le-champ.
Paola se recroqueville sur la paille. Il a l'air si terrible, elle est sûre qu'il le ferait. Elle entoure ses genoux de ses bras tremblants, baisse la tête et écoute décroître le bruit des pas du seigneur Wiergelung. Pour qui la prend-il ? Comment ose-t-il la traiter ainsi ? Et que peut-elle faire ?
Le soir tombe et Paola, qui vient de passer la plus mauvaise journée de sa vie, s'apprête à passer la plus mauvaise nuit. La faim la tenaille, la peur lui ronge l'estomac, les minutes coulent interminables et la pénombre frissonnante s'épaissit dans la cellule. La bulle de cristal s'est muée en cornue et la pauvre Paola se demande à quelle horrible alchimie on se livre sur elle dans cet abominable laboratoire.

Elle a fini par s'endormir. Un bruit la réveille en pleine nuit. Des pas lourds, multiples, accompagnés d'un inquiétant bruit de ferraille. Il fait très noir. Elle lève un regard anxieux vers la grille et retient sa respiration.
Ce qu'elle voit arriver lui arrache un cri d'horreur. Un homme massif aux bras velus, aux cuisses puissantes, avec sur la tête une cagoule rouge. Un bourreau ! Il a sur les talons deux brutes à trogne épaisse, portant un chaudron noir qui fume et qui empeste.
Wiergelung tient le flambeau et les ombres qui jouent sur la muraille donnent à la scène un aspect démoniaque. C'en est trop. Paola gémit. Ses nerfs lâchent.
La grille tourne lentement sur ses gonds et tout ce monde se retrouve dans le cachot autour de la fille, qui tremble de peur, les yeux fixés sur le chaudron.
- Jugement de Deo, fait Wiergelung, laconique.
- Comment ? crie Paola aux abois.
- Si ta peau reste blanche sous la croix, c'est que Christ te protège. Si elle rougit, c'est que Diable te protège.
Paola ne croit qu'aux évidences. Et il est évident que sa peau va rougir sous la croix, comme celle de tous les innocents du monde. Elle jette un regard horrifié au chaudron, aux instruments qui y reposent sur un lit de braises, au bourreau qui attend impassible, les bras croisés. Quelle atroce mise en scène. On a beau faire appel à son bon sens, ça fait peur. Le bourreau ouvre la bouche. Il n'y a pas de langue. Rien qu'un trou noir. Wiergelung lève la main. En un instant, Paola se trouve maîtrisée, chemise troussée, les fesses à l'air et voit s'approcher une croix chauffée au rouge. Les yeux agrandis d'épouvante, elle hurle et croit s'évanouir sous la morsure du métal brûlant.
- Coupable, dit Wiergelung. Tu mourras demain.
La grille se referme. Les pas s'éloignent. Paola s'écroule sur le sol, en proie à une douleur atroce, à une peur atroce, à un doute atroce.
Est-elle vraiment cette sorcière, cette Faola ? Vit-elle vraiment dans ce ténébreux Moyen Age ? Va-t-on vraiment la faire mourir ?
Sans doute, puisqu'on n'a pas hésité à la marquer au fer rouge. Ce n'est pas du théâtre, c'est la réalité. L'affreuse réalité. Alors… alors, elle a imaginé ce vingtième siècle, ce siècle de la vitesse et du plaisir ? Elle a imaginé cette jeune Paola qui passait des "vacances" dans un "camping" et allait danser sur la Piazza Canaletto ? Faola. Folle. Elle est folle. Sorcière.

Elle ouvre des yeux hagards. Il lui a semblé entendre un bruit dans le cachot. La peur lui tord les entrailles. Il fait très noir mais elle croit être seule. Elle ramène bras et jambes, se ramassant le plus possible. La blessure de sa main s'est rouverte mais la fesse mordue par le Christ lui fait beaucoup plus mal. La plaie a suinté, le tissu colle à la peau. Danger d'infection, clame sa raison. Qu'est-ce que ça peut faire, répond son désespoir. Si on doit mourir demain…

Revue de presse

Se référer à la revue de presse du recueil Les couleurs de la peur.