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Ptilou avait peur de son ombre

Écrit en 2002

  • Publié dans le recueil Clair d’étoiles (mini-édition personnelle, épuisée) en 2011
  • Publié dans le recueil des lauréats « Loup, y es-tu ? » au concours de nouvelles de Colfontaine, en septembre 2002 (sous le titre Le loup qui avait peur de son ombre).

Conte pour prendre confiance en soi

Il n’a pas tort, le loup, de se méfier de ce qui est petit et semble si mignon. Il connaît ses classiques. Le méchant n’est pas toujours celui qu’on dit.
La morale de ce conte : il faut savoir regarder au-delà des apparences. Et au-delà de sa faiblesse d’enfant. Avoir confiance en ses capacités, souvent bien plus grandes qu’on ne le pense.

Conte plusieurs fois primé

Présentation

Un loup peureux n’est pas heureux. Ptilou frémit le jour où sa mère l’envoie de l’autre côté de la forêt porter à son aïeul quelque gigot de biche bien tendre. Tous ces dangers à affronter, à commencer par cette ombre qui lui court après toute la journée… Tout le monde a peur du loup, lui dit sa mère, tu n’as rien à craindre. Voire… Ptilou connaît l’histoire du Chaperon rouge et des petits cochons... Il sait que son périple sera plein de dangers. Mais il n’a pas imaginé à quel point sa vie s’en trouvera bouleversée.

Extrait

Comme il se sent seul sans la protection du clan, sans la chaleur de sa mère, dans cette forêt hostile pleine de senteurs et de bruits… Le panier pèse, les feuilles craquent avec une obstination louche sous ses pattes, qui s’efforcent cependant d’être de velours. Il avance à pas de loup mais sursaute à chaque instant. Un bourdon lui bourdonne aux oreilles, lui dressant tout le poil de l’échine. Il est à peine remis de son émotion qu’un lapin lui file entre les pattes, il fait un bond de gazelle pour l’éviter. Puis c’est une taupe qui pointe le nez juste devant son nez, comme un diable qui sort de sa boîte.

Et ces petits oiseaux, là, qui volettent innocemment d’un arbre à l’autre, ils sont bien inquiétants. Petits mais la gorge si rouge… N’est-ce pas du sang ? Notre loup préfère ne pas approfondir et s’éloigne au plus vite. Les arbres même semblent lui en vouloir, qui lui laissent tomber sur le dos quelques feuilles au passage, comme un maléfice récurrent. C’est déjà arrivé, il y a bien longtemps, cette chute des feuilles. Il s’en souvient. Il se souvient aussi qu’après cette ondée de projectiles planants, qui n’en finissaient pas de tomber, les arbres ont pris le deuil pendant longtemps, tout nus, tout noirs. Et que les estomacs ont souffert de la faim. Mais il a tenu bon. Et finalement, les arbres ont baissé les armes. Ils se sont mis à reverdir, refleurir et nourrir tout le petit peuple de la forêt. Ça, notre loup en est très fier, et c’est bien la seule chose dont il soit fier.

Un cri terrible soudain le fait sursauter. Un râle aigu, un rot rugueux horrible à l’oreille. Le brame du cerf en rut. Le cerf… Cette énorme bête, qui porte un arbre sur la tête, bien plus redoutable que les sept chevreaux ensemble, et qui ne ferait qu’une bouchée de notre pauvre loup... Seul, il n’a aucune chance. Ah, si la horde était là… Ce serait le cerf qui s’enfuirait. Ptilou se cache et se tapit sous un buisson. Mais le cerf le sent. Il brame de plus belle et secoue ses bois en les tapant contre les troncs d’arbres, qui en perdent d’autant plus de feuilles. Il neige de l’or sur le loup. Il se secoue et jette un hurlement au ciel.